Article de La Croix / Terres d'Espérance

Alors que se préparer l'évènement "Terres d'Espérances",Mélinée LePriol, journaliste de "La Croix", a interviewé différentes personnes du rural ou travaillant dans l'Eglise en Rural en France.

Dans le monde rural, réinventer l'Eglise

La Croix -vendredi 23 avril 2021 RELIGION

Dans le monde rural, réinventer l’Église

Environ 70 diocèses entament, à partir du samedi 24 avril, une vaste réflexion sur l’avenir de l’Église dans le monde rural, intitulée « Terres d’espérance ».

Face au manque de prêtres et à la dispersion de l’habitat, l’Église tente d’imaginer, dans ces territoires, de nouvelles formes de proximité.Pour la première veillée de louange de Viglain (Loiret), en 2014, personne n’était venu – outre les trois organisateurs. L’année suivante, seule une « maman du caté » de la paroisse de Sully-sur-Loire s’était déplacée. Puis, à partir de 2016, le mot se répandit peu à peu qu’à l’orée de la Sologne, cette petite église rurale résonnait, de temps à autre, de chants de l’Emmanuel. D’annuel, le rendez-vous est bientôt devenu mensuel, attirant 70 personnes en moyenne, dont beaucoup ignoraient tout de l’adoration et de la louange – certaines ayant d’ailleurs « arrêté la messe » depuis longtemps.

« La joie manque souvent à l’Église dans nos campagnes, or c’est ce qui attire les gens », affirme Nadia Meenhorst, l’une des initiatrices de ces soirées qui se veulent plus « familiales » que « charismatiques ». En les lançant, Nadia et les autres avaient conscience de n’avoir rien à perdre : de toute façon, l’église de Viglain n’était pas occupée. « C’est la richesse de la pauvreté ! Une Église pauvre, cela laisse de la marge pour la créativité. »

Créativité, élan missionnaire, autonomisation des laïcs : tels sont les défis que l’Église entend relever en milieu rural, où elle fait face à la fois au manque de prêtres, à la dispersion de l’habitat et à la souffrance d’un monde agricole en pleine mutation.

À partir de ce samedi 24 avril, toutes ces questions seront au programme de la journée « Terres d’espérance », organisée courant 2021 dans environ 70 diocèses, pré-figurant une rencontre nationale de trois jours en avril 2022 .

Le besoin de proximité est celui qui revient le plus dans la bouche de ces chrétiens souvent isolés les uns des autres et dont certains avouent hésiter à faire une demi-heure de voiture pour se rendre à la messe – « surtout si elle est triste... » L’heure ne semble plus tant à la « pastorale de la cloche » (celle de l’église) qu’à « la pastorale de la sonnette » (celle du voisin).

Des missions itinérantes, mais aussi des fraternités de proximité – le nom peut varier – essaiment ainsi dans les diocèses ruraux : des groupes de moins d’une douzaine de personnes se réunissent régulièrement autour d’un thème, d’un témoignage ou d’un texte d’Évangile. « Un peu comme Alpha, mais à domicile ! »a-t-on entendu de participants heureux de retrouver ainsi « l’esprit des premiers chrétiens ».La formule n’est pourtant pas nouvelle : les mouvements d’Action catholique (encore bien implantés dans le nord et l’ouest de la France, ainsi qu’en Alsace), comme les « lieux d’Église en rural » (une douzaine, des Flandres aux Pyrénées), la proposent depuis plusieurs décennies. Mais alors que ces groupes se voulaient traditionnellement attentifs aux questions sociales, « on sent que ce qui est dans l’air du temps aujourd’hui, c’est plutôt la prière et l’approfondisse-ment de la foi », explique le père Joël Morlet, délégué national de la Mis-sion rurale. Une demande particuliè-rement tangible au sein de la jeune génération.S’il est une question d’actualité qu’il semble en tout cas difficile d’éviter, c’est bien celle, sensible, de l’écologie. « L’Église est un des rares lieux où les agriculteurs peuvent se rencontrer en dépit d’orientations différentes, contrairement aux syn-dicats, où ils retrouvent surtout leurs semblables », estime Sylvie Moyart, permanente de Chrétiens dans le monde rural (CMR) dans le diocèse de Cambrai. Pour elle, comme pour d’autres, le rôle de l’Église est d’être à l’écoute des difficultés des agricul-teurs, d’apaiser les tensions, mais aussi d’« aider à la transformation ». À l’aide de l’encyclique Laudato si’, appui désormais incontournable pour mener cette réflexion.Bientôt trois ans après la Lettre du pape au peuple de Dieu, la question du cléricalisme se pose, elle aussi, avec une indéniable acuité en milieu rural. Une partie des laïcs peut se dire déstabilisée par l’arrivée de jeunes prêtres « plus urbains et bourgeois que nous ». Ces pasteurs se voient du reste attribuer des territoires de plus en plus vastes, qui pourraient les conduire, malgré eux, à devenir des « curés managers »,voire de simples « distributeurs de sacrements ». Certains optent alors pour une activité moins sédentaire, se déplaçant autant que possible pour des rencontres « gratuites » avec les habitants, et beaucoup comptent sur les chrétiens engagés pour « se prendre en main ».C’est le cas dans le village de Vi-glain, où les veillées de louange désormais mensuelles sont animées par les laïcs, un diacre étant aussi présent pour exposer le Saint-Sacrement. « Notre curé vient souvent, mais il préfère se mettre à l’écart et nous laisser faire », raconte Nadia Meenhorst. « Il dit qu’il “regarde son peuple”. »Mélinée Le Priol

 

Article publié par Le Vivier • Publié le Mardi 25 mai 2021 • 92 visites

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